Pascal, un nouveau qui a mangé une escalope milanaise,
Nicolas qui a mangé un tartare de saumon,
et Philippe (Brix), qui a mangé un blue-cheese burger.
Et nous avons bu de la Kriek, de la Stout, du vin, une margarita et
une menthe à l'eau. C'est-à-dire que pour une fois, les anti-bières
faisaient jeu égal avec les pro-bières (Brix se trouvant dans les deux
catégories, car il a arrosé son repas avec un pichet de vin mais il a
pris une bière par la suite). Le début de la réunion a eu lieu au
sous-sol mais comme nous étions peu nombreux et comme d'autres
personnes voulait fêter un anniversaire en chansons, nous sommes
remontés au rez-de-chaussée vers 10 heures.
Est-ce une réaction à la chaleur ou une animation de la
Taverne ? Ce soir-là, tous les serveurs portaient le kilt.
Pascal est venu à la réunion parce qu'il nous a rencontrés à
Linux-Expo.
Il ne connaît pas Perl et il demande comment apprendre.
C'est simple, répondons-nous, il suffit de lire un livre sur Perl
(mais nous n'avons pas pensé à donner de titre) et de pratiquer.
L'avantage de Perl, c'est qu'il n'y a pas besoin de tout connaître
pour commencer à écrire des programmes intéressants.
Un autre conseil, pour l'apprentissage de Perl, c'est de ne
pas hésiter à lire la documentation en ligne.
Également, il faut apprendre à adopter un mode de pensée adapté
à Perl, ne pas appliquer sans réfléchir les habitudes
prises avec d'autres langages. Entre autres, ne pas
utiliser
for(my$i = 0;$i <= $max;$i++)
alors que
formy$i(0 .. $max)
est plus idiomatique. Dans le même ordre d'idée, il faut
penser à reconnaître les situations dans lesquelles
un hash est plus adapté qu'un tableau séquentiel.
Une façon d'apprendre les bons usages de Perl consiste à charger
quelques modules sur
CPAN
et d'en lire le source. Cela dit,
cette méthode présente le risque de tomber sur des modules
« imbittables ». Les exemples cités sont
CGI,
qui permet, grâce à AUTOLOAD, de générer
des balises HTML qui n'existaient pas à l'époque où le module a été
écrit et qui en plus permet d'utiliser au choix la syntaxe orientée
objet ou la syntaxe procédurale ;
Perl/Tk
qui a servi à Stéphane pour son
apprentissage
de la
programmation
objet en Perl avec usage intensif de l'AUTOLOAD
(mais il ne recommande pas lire TK comme approche pédagogique).
Nous évoquons les liens de Perl avec les langages parlés. Par
exemple, la variable
$_
est l'analogue d'un pronom. Cette
variable rebute certains programmeurs ou bien leur fait peur, alors
qu'ils utilisent tout naturellement des pronoms lorsqu'ils parlent en
français, en anglais ou autre. Ou bien alors, la syntaxe
$tab[23]
pour accéder à un élément du tableau
@tab. Pour Philippe, $ est la marque du singulier et
@ est la marque du pluriel. Un scalaire est obligatoirement
au singulier, donc il sera toujours marqué par un $. Un
tableau contient (généralement) plusieurs éléments, donc il faut
utiliser la marque du pluriel, @. En revanche, si, au lieu
de s'intéresser au tableau dans sa globalité, on s'intéresse à un seul
élément du tableau, il est normal d'utiliser le singulier, d'où le
$ dans l'expression $tab[23].
Quant à ceux qui détestent la syntaxe multiforme de Perl
et l'utilisation de la notion de contexte,
qu'ils sachent que cette syntaxe est malgré tout beaucoup plus simple
que la syntaxe d'un langage naturel, ce qui n'empêche pas un enfant
de trois ans de comprendre la syntaxe d'un langage naturel
et ses différents contextes.
Nous avons également dit quelques mots sur les
expressions conditionnelles
de type
cond ? exp1 : exp2.
C'est bien de l'avoir à sa disposition, mais nous ne l'utilisons pas
souvent (sauf pour des besoins spéciaux comme l'obfuscation, bien entendu).
Plus tard dans la soirée, Stéphane évoque l'apprentissage des
langages de programmation. En ce qui le concerne, le premier programme
digne de ce nom qu'il écrit est habituellement un programme de
pentominos.
Il décrit les
pentominos
à Brix et à Nicolas qui ne connaissaient pas ce divertissement mathématique. Un
pentomino
(qui
n'a rien à voir avec la pantomime ou les pantographes) est une figure
composée de 5 carrés jointifs. Il existe 12 pentominos
correspondant aux différentes façons de disposer les carrés. Stéphane
enchaîne en rappelant qu'il a écrit un
programme de pentominos
pour l'Obfuscated Perl Contest.
Il raconte à ce sujet que l'idée d'utiliser des expressions
régulières pour calculer la disposition des pentominos ne lui est
pas venue immédiatement. Pentaminos est probablement plus correct
que pentominos puisque penta est la racine pour cinq. C'est la
mutilation de dominos où le do est interprété (à tort?) comme signifiant
deux. Pentominos est peut-être une corruption par influence du
o de polyominos dont les pentaminos sont un cas particulier. La
référence sur le sujet des polyominoes est Polyominoes:
Puzzles, Patterns, Problems, and Packings
Nous avons parlé de l'historique des expressions régulières
en Perl. À l'origine, il y avait une
bibliothèque pour les programmes C,
écrite par
Henry Spencer
et disponible librement.
Larry Wall l'a donc utilisée et la version résultante
a été Perl 2 (lu dans
perldoc perlhist).
Le moteur d'expressions régulières a
régulièrement évolué en ajoutant par ci par là de nouvelles
fonctionnalités, grâce notamment à
Ilya.
On est arrivé ensuite
à Perl 5 [ quel numéro de sous-version ? ] et
alors quelqu'un a récupéré la syntaxe et la sémantique des expressions régulières de
Perl pour en faire une
bibliothèque PCRE
(Perl compatible regular expressions) pour les
programmes C. La boucle était bouclée.
Ceux qui ont assisté à
YAPC::Paris
ont partagé quelques
impressions et quelques souvenirs avec ceux qui n'y étaient
pas. Notamment, Stéphane a résumé les deux BOF
auxquels il a assisté le samedi. Pour le BOF P5P,
Liz Mattijsen
a déjà fait un
compte-rendu,
dans
lequel elle a fait une faute d'orthographe à « Payrard »
(mais j'ai vérifié la sienne, d'orthographe, pour ce
compte-rendu ; comme quoi nous ne sommes pas vindicatifs). Pour
le BOF Perl 6, l'un des principaux thèmes abordés
a été la destruction des objets. Perl 5 utilise le comptage des
références (ref-counting) ce qui fait qu'un objet
est supprimé dès qu'il n'est plus référencé.
Parrot utilise un système de
garbage-collecting
(« ramasse-miettes »)
qui se déclencherait à des intervalles de temps imprévisibles.
Mais il faut aussi supporter des langages (dont Perl5) qui exécutent le
destructeur d'un objet dès sa disparition.
Par exemple, si une méthode DESTROY ferme un fichier ouvert
ou libère une ressource système, il faut exécuter ce traitement,
donc détruire l'objet dès que possible. On appelle cela
timely destruction et cela fait intervenir
un traitement de
dead object detection.
Même si Nicolas a été présent à YAPC, il n'a pas pu assister aux
présentations de
Mark-Jason Dominus.
Nous évoquons brièvement
à son intention les douze
communications éclair
qu'il a faites le premier
jour (pas celles qu'il a arbitrées le dernier jour). Notamment, la
mise au point qu'il a faite sur les
problèmes NP-complets.
Lorsqu'un
informaticien est confronté à un problème du type : « comment
sauvegarder des gros fichiers sur des disquettes de 1,4 Mo
sans gâcher de l'espace disque »,
l'informaticien moyen répond : « c'est infaisable, c'est un
problème NP-complet. Inutile d'essayer de le traiter. »
Or, on ne demande pas à l'informaticien de trouver la solution optimale
absolue, mais une solution quasi-optimale. Et il existe des algorithmes
efficaces qui donnent une solution s'approchant à 22 % (ou quelque
chose comme cela) de la solution optimale.
Une autre présentation de M-J.D. a porté sur les langages fortement
typés. En fait, si l'on fait une recherche sur
Google,
on constate que pour la moitié des gens, C est un langage fortement typé,
tandis que pour l'autre moitié, c'est un langage faiblement typé.
Quant à la définition du typage fort, M-J.D. nous en donne 7 ou
8 différentes, toutes tirées d'une recherche sur Google.
Notons que dans l'introduction de la seconde édition de The C programming
language les auteurs décrivent C ainsi: C is not a
strongly-typed languagem but it has evolved, its type checking
has strenghened.
Stéphane me demande comment j'ai procédé pour insérer
une table de Pythagore en bibi dans le
compte-rendu de juillet.
L'ai-je scannée dans le livre que je lui ai montré ?
Non, j'ai écrit un programme Perl en copiant quelques lignes
de son article sur le système bibi. J'ai dessiné les symboles
bibi avec le module
GD.pm.
Pascal lit quelques revues de la presse informatique, dont
« l'Informaticien », cette revue qui avait fait au mois de
février une comparaison entre les différents langages de
programmation, comparaison basée sur des contre-vérités éhontées.
Dans l'une des trois revues qu'il a apportées, Pascal trouve un article
au sujet de la dernière menace, le « virus »
Slammer.
Tout d'abord,
Slammer
n'est pas vraiment récent,
on en parle depuis le mois de janvier, si ce n'est avant. Ensuite,
nous demandons à Pascal s'il s'agit
d'un virus ou d'un ver
et il nous
répond que l'article explique bien qu'il s'agit d'un virus.
En fait, un virus nécessite un fichier hôte, programme ou document avec macros,
pour se reproduire, tandis qu'un ver est un programme autonome.
D'autre part, la plupart des éditeurs d'anti-virus et des
sites faisant autorité rangent Slammer
parmi les vers.
Nicolas évoque les derniers développements des lois sur le copyright.
Une loi vient de passer aux États-Unis, punissant de trois ans de prison
quiconque met un fichier sous copyright à disposition sur un réseau
peer to peer. Compte tenu de la situation actuelle,
cela veut dire qu'il va falloir mettre 60 millions de personnes
en prison (sachant que la population des États-Unis est de 280 millions,
dont 2 millions de détenus). Je tente de relativiser cette information
mais la conversation dévie. Voici, avec un peu plus de détails, ce que
je pense. La peine de prison est ce qui peut arriver à
un adepte du P2P, pas ce qui va lui arriver.
À titre de comparaison, en France 40 millions (à la louche) de
personnes ont le permis de conduire et (toujours à la louche) 30
à 35 millions d'entre elles ont déjà commis une infraction
passible de la prison. Et pourtant, il n'y a pas 35 millions
de personnes derrière les barreaux. Il ne s'agit pas d'éradiquer
jusqu'au dernier tous les réfractaires au code de la route, mais de faire
suffisamment d'exemples pour que chacun d'entre eux se sente visé et pense
que le prochain sur la liste pourrait bien être lui. À l'inverse du Loto,
l'infraction au code de la route ou aux lois anti-P2P,
« ça ne rapporte pas gros, mais ça peut coûter très cher ».
Philippe nous a fait une démonstration magistrale de sa maîtrise
des nouvelles technologies. Nous étions en train de nous demander qui
était l'auteur de
Black Dahlia
et de
L.A. Confidential.
Après une longue période où chacun a
tenté en vain de combler son trou de mémoire, Philippe a sorti son
téléphone portable et a effectué une recherche. Il a laborieusement,
mais somme toute rapidement tapé
l'URL de Google
sur son téléphone, a
renseigné les mots clés (au fait, ça s'écrit « dahlia » ou
« dalhia » ?) et a enfin obtenu la réponse :
James Ellroy.
Nicolas a été tellement stupéfié qu'il a offert une
bière à Philippe pour son exploit.
Pascal a des problèmes pour installer une distribution
Linux-Debian
sur sa machine. Vers la fin de l'installation, le
programme boucle en lui demandant quel type de clavier il possède.
Il voudrait savoir comment lancer Linux sans passer par le programme
d'installation, quitte à paramétrer à la main le type de clavier.
Nicolas fait remarquer que chaque distribution possède son programme
d'installation spécifique et qu'il est impossible d'avoir un
avis fiable sur l'installation d'une Debian si l'on a soi-même
une Red Hat
ou une Mandrake.
Tout au plus, Nicolas suggère de
tester si, à ce stade avancé de l'installation, il n'y aurait pas
deux ou trois consoles virtuelles ouvertes en plus de celle où
s'exécute le programme d'installation.
Pascal nous donne l'historique détaillé de ses installations.
Je ne me souviens plus du détail, tout ce que j'ai retenu, c'est qu'il
a réussi à installer une seule distribution, une
S.u.S.E.,
mais qu'il a perdu le CD de cette distribution.
Stéphane évoque certains sujets d'étude de haut niveau par les gourous
Lisp.
Pour eux, il existe deux niveaux pour un langage informatique. Il y a
le niveau interne, avec une architecture optimisée pour des
traitements par programme : extraction de références croisées,
détection des récursions terminales et réécriture des fonctions en
cause, analyse du flux, etc. Comme on peut s'y attendre, ce niveau
interne est difficilement lisible par un humain, voire illisible. Et
il y a le niveau externe, qui est le niveau interne avec beaucoup de
sucre syntaxique. Le niveau externe doit être homomorphique (ou
isomorphique ?) au niveau interne. Le problème avec Lisp, c'est
que bien que le niveau interne fonctionne parfaitement, à l'heure
actuelle personne ne s'est inquiété de savoir à quoi devra ressembler
le niveau externe et comment l'implémenter.
Je (stef) précise et cite ma source: Modern compiler
implementation in ML par Andrew W.Appel. p 101: The notion of
abstract syntax is due to McCarty who designed the abstract
syntax for Lisp. The abstract syntax was intended to be used
writing programs until designers could get around to create a
concrete syntax with human readable punctuation (instead of
Lots of Irritating and Silly parentheses),
but programmers got used to programming directly in abstract
syntax. Puisque ce bouquin utilise ML, j'en profite pour dire
que j'ai l'impression que l'esprit LISP souffle maintenant dans
la classe de langage avec une réelle syntaxe concrète. L'emphase
étant maintenant sur la notion de type et d'inférence de type.
Cette remarque désabusée faisait écho à une autre, au début de la
soirée, où nous avons dit que la signification de LISP
était
Lots of Insipid Stupid Parentheses
et où nous avons rappelé
l'avis de Larry Wall
sur le sujet :
Lisp has all the visual appeal of oatmeal with fingernail clippings
mixed in.
--Larry Wall (larry@wall.org)
Cette distinction entre le niveau interne et le niveau externe du langage
explique pourquoi les macros Lisp sont nettement plus puissantes
que les macros C. Les macros Lisp permettent de manipuler l'arbre
syntaxique (niveau interne), alors que les macros C font du
traitement de texte (niveau externe). Tout le monde sait qu'il
est dangereux de définir une macro C d'élévation au carré ainsi :
#define SQR(x) x*x
Cette définition pose des problèmes dans les deux cas :
c2 = SQR(a + b);
y = a / SQR(x);
et cela conduit à la définition anti-intuitive :
#define SQR(x) ((x)*(x))
Comme le souligne Stéphane, cela vient du fait que le préprocesseur
de C n'a pour ainsi dire aucune connaissance du langage C et
qu'il ne sait pas identifier les entités qu'il manipule.
Heureusement, outre le processeur de macros Lisp, il y aura bientôt
un deuxième processeur de macros intelligent :
celui de Perl 6.
À propos des macros C, quelqu'un fait remarquer qu'il existe
des macros GNU horribles pour rendre les fichiers sources compatibles entre
les compilateurs K&R et les compilateurs ANSI.
Nicolas a lu récemment Programming Practices de
Kernighan.
[ Apparamment, le titre du livre serait plutôt
The Practive of Programming.
Oubli de ma part ou lapsus de Nicolas ? ]
Ce livre contient un certain nombre de conseils
très intéressants que Nicolas a découverts par lui-même en, disons,
quatre ans. S'il avait lu le livre plus tôt, il aurait gagné
trois ans et dix mois (car il faut bien deux mois pour lire
le livre).
C : un langage de haut niveau ? Oui, pour les anciens de
l'informatique, ceux qui ont commencé à l'époque de l'assembleur.
Pascal nous a parlé d'un nouveau type de mémoire d'ordinateur,
la FRAM.
Avec ce type de mémoire, il serait possible d'éteindre brutalement
un ordinateur sans prendre de précaution spéciale et de le rallumer
ultérieurement, il recommencerait alors à fonctionner à l'endroit exact
où il s'est arrêté. Cela nous paraît curieux qu'il soit possible
d'éteindre un ordinateur brutalement sans subir de désagrément à
la remise sous tension, l'état de l'une machine ne se limitant
pas à son contenu mémoire.
Pascal a parlé des inconvénients de la
programmation objet qui amène à une prolifération de machines
virtuelles. Il semble qu'il ait confondu avec les méthodes
virtuelles de C++. Notons que le dispatch des méthodes en Perl
est similaire à celui des méthodes virtuelles puisque le type de
l'objet détermine la classe où la méthode sera cherchée.
Faute d'avoir la climatisation chez lui, Stéphane va la chercher
là où elle se trouve, entre autres dans les salles obscures.
Non seulement il passe deux heures au frais, mais en plus
cela lui permet de voir des films récents.
Stéphane vient de voir
le Mystère de la Chambre Jaune
et Terminator 3.
Il trouve qu'il y a un peu d'auto-dérision
dans Terminator 3.
En revanche, Stéphane n'a pas vu
Matrix 2.
Je l'ai vu
jusqu'au bout, c'est-à-dire que je suis resté jusqu'à la fin du générique
et même au-delà puisque la bande annonce du
numéro 3
suivait le générique
du 2. J'ai trouvé que le générique comportait beaucoup de noms, assurément
plusieurs centaines, peut-être un millier si ça se trouve. Forcément, si
l'on cite le nom de chacun des programmeurs qui ont réalisé les effets
spéciaux... En rapprochant cela du fait que certains studios ont recours
à des logiciels libres, cela me fait penser que l'on pourrait ajouter
un codicille aux licences libres : si un film a recours à un
programme (ou un module Perl) que j'ai écrit, j'exige que mon nom
apparaisse au générique. Après tout, si la licence s'appelle
« artistique »...
Stéphane ne souhaite pas voir Matrix 2 car il
n'aime pas les films d'actions qui pètent plus haut que leur cul
par l'ajout d'une sauce pseudo-philosophique indigeste.
Je n'ai vu qu'une séquence vaguement philosophique, c'était
le passage où Neo rencontre le « créateur ». En fait,
j'ai décroché à ce moment-là car je regardais le décor de la
scène avec ses innombrables écrans, style salle de surveillance
vidéo. Je n'ai donc quasiment rien retenu des considérations
pseudo-philosophiques. Et je n'ai pas l'impression d'y avoir
perdu beaucoup.
Pirates des Caraïbes
n'est pas encore sorti, mais
nous avons déjà pu voir la bande-annonce. Les avis sont partagés.
Cela ne me tente pas d'aller voir ce film, tandis que Nicolas
(ou Philippe ?) a bien l'intention d'aller le voir.
Nous avons parlé d'un film un peu moins récent :
Starship Troopers
de Paul Verhoeven.
Ce film a été mal perçu à sa sortie, car dans leur majorité
les spectateurs l'ont pris au premier degré, alors que le
réalisateur a voulu tourner en dérision les films de guerre.
Quand on voit un vétéran amputé des deux jambes qui félicite
le héros de « suivre son exemple », ou quand on voit
les différents films de propagande qui émaillent le film,
on comprenait (ou on aurait dû comprendre) que le réalisateur
prenait ses distances avec le genre. Il y a également
une critique de l'information-spectacle, particulièrement
avec la scène où un correspondant de guerre se fait transpercer
par une bestiole et où son cameraman filme la scène sans
intervenir. Pense-t-il à l'audimat ou au prix Pulitzer ?
Tout au long du film, Stéphane s'est demandé si c'était de l'art
ou
du cochon.
Un autre film de guerre satirique et encore plus ancien :
M*A*S*H.
Ce film, tourné en 1970, est censé se
passer pendant la Guerre de Corée, mais la Corée telle qu'elle
apparaît dans le film ressemble beaucoup au Vietnam. D'autre part,
il n'y a qu'un seul coup de feu dans ce film de guerre :
le coup de pistolet marquant la fin de la première mi-temps
de la rencontre de foot-ball américain.
Il est question de
l'article de physique
publié par un néo-zélandais qui se considère comme un nouvel
Einstein. Stéphane a lu l'article qui prétend résoudre les
paradoxes de Zénon et il a constaté que l'auteur ne
propose pas de théorie mathématique, ni de considérations
philosophique nouvelles sur la nature du continu et du discontinu
du temps et de l'espace. De plus, il ne cite que ses propres articles,
il semble ignorer le reste de la communauté scientifique.
Le problème des publications scientifiques a déjà été évoqué lors
de nos réunions. Il est question d'un certain
Sokal,
qui a pondu un
papier
en accumulant du charabia sans signification et qui a
fait paraître l'article dans une revue de sciences humaines.
Ensuite, il avait fait paraître un
démenti
pour expliquer que son papier ne devait pas être pris au sérieux.
Stéphane évoque la conservation des espèces animales et végétales.
Pour le grand public, il s'agit de conserver les animaux
complexes : singes, baleines, éléphants. Pour Stéphane,
qui aime se faire l'avocat du diable, le sort des animaux
"évolués" est secondaire face à celui
des différentes espèces de bactéries ou autres champignons : c'est là
que se trouve l'essentiel de la « bio-diversité »
(pour reprendre un terme à la mode) et c'est là que
l'on peut trouver comment mettre au point de nouveaux
médicaments. Il pense spécifiquement à deux médicaments immunomodulateurs:
la ciclosporine et le tacrolimus qui sont respectivement des métabolites
du Tolypocladium
inflatum et du Streptomyces
tsukubaensis
Heureusement, protéger un mammifère signifie préserver le biotope
auquel il appartient.
Également, des scientifiques cherchent à
acquérir le savoir des chamanes avant qu'il soit trop tard,
de manière à connaître les vertus des plantes exotiques
et à en déduire là aussi de nouveaux médicaments.
Il y a eu quelques années une mission consistant à recenser
la faune et la flore de la canopée amazonienne. En effet, les
animaux et plantes se trouvant au sommet des arbres a peu de points
communs avec ce que l'on trouve au niveau du sol.
Des médicaments naturels, nous sommes passés aux médicaments
industriels. On peut constater que depuis quelques années, ce n'est
plus l'aspirine qui combat les maux de tête. Elle a été remplacée par
d'autres médicaments, pas forcément plus efficaces, mais assurément
plus chers et qui rapportent plus à l'industrie pharmaceutique. Dans
le même ordre d'idée, des études récentes ont prouvé qu'il existe une
impuissance féminine, tout comme il existe une impuissance masculine
connue depuis belle lurette. Ces études, faut-il le préciser, sont
sponsorisées par des firmes pharmaceutiques. Certains gynécologues se
rebiffent et tentent de faire admettre que cette histoire
d'impuissance féminine ne repose sur aucun fait vérifiable.
Des études récentes (et fiables puisqu'il n'y a aucun enjeu
financier ou économique) ont montré que dans la jeune génération,
le pouce est le doigt le plus mobile.
Pour certains gestes, comme
appuyer sur un bouton de sonnette, nous utilisons l'index tandis
que de plus en plus les jeunes utilisent le pouce. Est-ce dû
à la Playstation ou est-ce dû aux téléphones portables et aux
SMS ? Toujours est-il que l'expression anglophone
all thumbs, qui signifiait « malhabile »
ou « maladroit », risque de disparaître ou de
changer de signification.
Dans le
compte-rendu du mois de juillet,
j'ai relaté une réflexion
de Brix et de moi sur la police Comic Sans. Stéphane me
demande des précisions. Avec une carte ancienne version, je lui montre
la laideur des caractères, avec des lignes droites incurvées, des
lettres telles que le « A » et le « D » qui sont
dissymétriques. Il y a plusieurs mois, David (L) avait communiqué sur
la liste l'adresse d'un
site consacré à cette police.
En parcourant ce
site, j'avais lu le
témoignage du créateur de cette police.
Il avait
voulu créer une police pour les bandes dessinées du style
Peanuts
ou Hägar Dünor :
une seule
ligne avec quatre vignettes et un contexte humoristique. Il s'est fait
dépasser par sa création et on a retrouvé la police partout, y compris
dans des catalogues ou des propositions commerciales. Je ne sais pas
si les entreprises qui diffusent leur catalogue ou leurs propositions
commerciales ont conscience du fait qu'elles donnent d'elles-mêmes une
image de « touristes » et de j'm'en-foutistes. Stéphane
abonde dans mon sens et regrette que la typographie ne soit plus
réservée à des personnes avec une formation solide dans cet art.
Il est question de
l'Amiral Poindexter,
mais je ne me souviens
plus à quel sujet. Lors de mes recherches pour la rédaction de
ce compte-rendu, j'ai trouvé que
c'est lui qui est derrière la
TIA
(Total Information Awareness).
C'est également lui qui, sans doute pour arrondir
ses fins de mois,
s'est transformé en bookmaker
et prend les paris sur la prochaine nation que les États-Unis
envahiront, sur le prochain chef d'état qui sera privé
des généreuses offrandes que la CIA verse sur son compte en Suisse,
que sais-je encore. Poindexter n'est pas un inconnu.
Il a déjà connu une heure de gloire à l'époque de
l'Irangate avec Oliver North.
[ En recherchant de la documentation, je suis (re)tombé sur
cet article
du forum des risques technologiques. L'auteur croit-il réellement ce qu'il
raconte ou bien a-t-il voulu
imiter Sokal ?
]
Nicolas évoque les HP-48,
des PDA avant l'heure : grande capacité
mémoire, clavier alphabétique, possibilité de stocker du texte, interface
infrarouge...
Avoir une calculatrice,
HP-48
ou autre, ne suffit pas pour
avoir une bonne compréhension en mathématiques ou en physique-chimie.
Nicolas évoque ses études, où il était plutôt parmi les matheux que
parmi les physiciens. Par exemple, pour les calculs de pH, il était dans
le flou total alors que d'autres savaient intuitivement que la solution
était plutôt basique ou plutôt acide, que telle concentration était négligeable
par rapport à telle autre, et ainsi de suite. Nicolas, lui, s'il arrivait
au bout de son problème avec un pH de -12, il était content de cette valeur.
Ou encore, ce problème de physique consistant à trouver la température
d'une boule d'hydrogène. Nicolas avait obtenu 10 K. À l'issue
du contrôle, il en discute avec un camarade plus physicien que matheux :
L'autre : -- De quoi s'agissait-il, dans l'exercice ?
Nicolas : -- D'une boule d'hydrogène !
L'autre : -- Qu'est-ce qu'elle avait de particulier ?
Nicolas : -- Elle était en fusion !
L'autre : -- Cela ne te rappelle rien ?
Nicolas : -- Le soleil, peut-être ?
L'autre : -- Et tu as trouvé 10 kelvins ?
Cela nous a conduit à raconter des histoires drôles sur les
scientifiques de tout poil. Tout d'abord, une discussion sur la
création du monde entre un chirurgien, un architecte et un
informaticien qui tentent de deviner quelle
était la profession de Dieu.
Le chirurgien : -- Lorsque Dieu a endormi Adam pour lui extraire
une côte et en tirer Ève, on voit clairement que c'est le boulot d'un
chirurgien et d'un anesthésiste. Dieu est donc un chirurgien.
L'architecte : -- Avant de faire cela, il a créé le jardin
d'Éden là où il n'y avait que le chaos. Ce jardin est manifestement
l'ouvrage d'un architecte. Dieu est donc un architecte.
L'informaticien : -- Et le chaos, d'où vient-il ?
[ Stéphane en connaissait une version légèrement différente.
Le chirurgien n'existe pas dans cette version, l'architecte est
remplacé par un ingénieur et il s'y ajoute un physicien qui évoque
la création de la lumière là où il n'y avait que le chaos. ]
Un mathématicien, un physicien et un ingénieur sont dans un
train en Écosse. L'ingénieur regarde par la fenêtre et voit un
mouton noir. Il fait la remarque :
-- Tiens, en Écosse les moutons sont noirs !
Le physicien tient à préciser :
-- Non, il vaudrait mieux dire qu'en Écosse,
il existe des moutons noirs.
Le mathématicien intervient :
-- Plus exactement, cela prouve qu'en Écosse, il existe
au moins un mouton dont au moins un côté est noir.
Comment démontrer que tous les nombres impairs à partir de 3 sont
des nombres premiers ?
Un mathématicien : « 3 est premier, 5 est premier,
7 est premier et la proposition se déduit par induction. »
Un physicien : « 3 est premier, 5 est premier,
7 est premier, 9 est une erreur expérimentale, 11 est premier... »
Un ingénieur : « 3 est premier, 5 est premier,
7 est premier, 9 est premier, 11 est premier... »
D'autres devinettes, avec un caractère un peu moins scientifique.
L'une d'elles nous a été proposée par le serveur de la Taverne :
comment reconnaît-on un marseillais en Angleterre ?
C'est celui qui ponctue ses phrases par not
expensive. Ben oui, comment traduisez-vous « peu
chère » ?
Stéphane ayant raconté que Mark-Jason Dominus avait été surpris
par les bières qu'il a trouvées en France, cela me rappelle une
devinette anglophone :
Q: What is the common point between American beer and making love in a canoe?
A: It's f--ing close to water.
Un peu plus tôt dans la soirée, nous avons évoqué les origines
de la bière. Elle est connue depuis l'Égypte antique. Je signale avoir
lu dans un roman de S-F (le « F » signifie fiction, donc
l'information est sujette à caution) que la bière était
connue au temps de la préhistoire et qu'elle serait même antérieure
à la domestication du feu. En fait, j'ai mal retenu le passage
et la bière est antérieure à la métallurgie mais postérieure à
la domestication du feu. Voici la traduction du passage,
tiré de The Heroic Myth of Lieutenant Nora Argamentine
de
Donald Kingsbury :
Les kzinti étaient déjà des guerriers interstellaires avant que
l'homme ait forgé ses premières épées de fer à partir de métal rougi,
avant le bronze, avant Ur et peut-être même avant la bière.
Compte tenu du nouveau « gimmick marketing » de
Paris.pm
et de London.pm,
Stéphane a commencé à chercher sur Internet s'il
existe des
cours d'Espéranto.
Il en a trouvé et il commence à
apprendre cette langue. La grammaire est très simple. Tous les noms se
terminent en « o », le féminin d'un nom en « -o »
est composé de la même racine et du suffixe « -ino ». Par
exemple, comme knabo est la traduction de
« garçon », knabino est la traduction de
« fille » (synonymes de « gamin » et
« gamine », aucune connotation de filiation)