Présents à la réunion, en fonction de l'ordre d'arrivée approximatif
moi,
Guillaume,
Anthony,
Boris, un nouveau,
Nicolas,
Rafael,
Sniper,
Philippe (Bl),
Laurent, qui vient pour la deuxième fois,
Olivier, qui vient pour la première fois si je ne m'abuse,
Sylvie, une nouvelle aussi,
et Jerrad, dont c'est la première participation.
Nous avons mangé
des bacon-cheese burgers, des steaks tartares et des
pavés de kangourou.
Nous avons bu de la Pelforth, de la Stout et autres bières, ainsi qu'un
jus d'ananas et de l'eau.
La réunion a eu lieu un jeudi, en même temps qu'une Assemblée Générale Extraordinaire
de l'association Parinux.
Parinux s'est installé dans la moitié la plus vaste et la moins
éclairée du sous-sol, donc nous nous sommes assis dans l'autre moitié, un peu mieux
éclairée. Mais le serveur de la
Taverne
est venu nous dire qu'il attendait une cinquantaine de personnes,
donc nous avons déménagé et nous nous sommes installés dans la même moitié de la salle
que Parinux, car la deuxième rangée de tables était encore libre. Cela dit, la cinquantaine
de personnes ne s'est pas matérialisée. À noter également que Boris est venu
pour assister à la réunion de Parinux, mais qu'il a préféré
discuter avec nous. Quant à Philippe, il s'est joint à nous lorsque les points
importants de l'Assemblée Générale de Parinux ont tous été traités.
En revanche, Emmanuel est resté jusqu'au bout avec Parinux.
Il nous a quand même serré la main à son départ.
D'autre part, comme c'était un jeudi et que le jeudi est réservé au karaoké,
les boissons nous ont été comptées au tarif karaoké. Nous nous sommes demandé
pourquoi cette fois-ci la réunion avait lieu un jeudi. L'une des hypothèses
était que Jerrad ne pouvait pas venir le mercredi et que le jeudi l'arrangeait
mieux. L'intéressé a démenti. Une autre raison est que BooK a un cours d'italien
le mercredi soir, ce qui fait que ses déplacements à Paris ne peuvent avoir lieu
que le jeudi, mais cet argument était valable la semaine dernière, pas cette
semaine.
Guillaume m'a brièvement raconté la réunion du 10 mars.
Il y avait BooK, Nicolas, Laurent (un collègue de Nicolas
qui venait pour la première fois) et lui. Et peut-être d'autres,
j'ai oublié. Il a été question d'obfuscation, ce qui n'a pas
dégoûté Laurent puisqu'il est revenu. D'autre part, les participants
ont corrigé la configuration du serveur DHCP de la Taverne.
En plus, le mot de passe de l'administrateur a changé.
Guillaume m'a donné l'ancien, il était assez simple à deviner
mais je n'en dirai pas plus.
Rafael s'est intéressé à
Pugs,
le projet sur lequel travaille
Autrijus Trang.
Pour le bénéfice de ceux qui ne connaissent pas et de ceux qui n'ont pas compris
le principe, il nous explique de quoi il retourne.
Autrijus Trang a implémenté un compilateur Perl 6 en
Haskell.
Cela ne remet pas en cause le travail sur
Parrot,
qui reste l'architecture cible pour
Perl 6.
Simplement, il est possible dès maintenant d'écrire du code Perl 6
et de le tester. Du coup, les discussions sur la liste
Perl 6 language
peuvent s'appuyer sur des exemples concrets d'exécution de code
et cela a permis de mettre en évidence quelques incohérences dans
les spécifications du langage. Un autre avantage est que le
compilateur Perl 6 -> Parrot sera écrit en Perl 6.
On aura alors un compilateur Perl 6 -> Parrot complet mais
pas très performant basé sur Pugs et un compilateur
Perl 6 -> Parrot performant basé sur Parrot, le source de ces
deux compilateurs étant identique.
Cela fait deux mois qu'Autrijus travaille sur Pugs et il en est
déjà à implémenter les multiméthodes.
Jerrad
n'a pas pu venir à la réunion précédente, en raison de la grève
des transports. C'est donc la première réunion à laquelle il participe.
Il nous explique qu'il fait de la recherche dans les écosciences,
à ne pas confondre avec les sciences éco, puisque ce domaine
traite de l'environnement.
Dans ses programmes, Jerrad effectue des calculs de simulation de population.
Il utilise Perl, bien sûr. C'est plus performant que
Scilab.
Compte tenu des calculs à effectuer, il pensait avoir besoin de
PDL,
à la rigueur de
Math::BigInt,
mais il a constaté que cela fonctionnait très bien avec des scalaires
normaux.
Jerrad a cité un certain nombre de projets scientifiques qui utilisent
Perl. J'ai retenu qu'il existait un programme d'IRM
(imagerie par résonance magnétique). Cette discussion a fait
écho à une discussion lancée par Sylvain sur la liste il y a un an :
« Qu'est-ce que l'on ne peut pas faire avec Perl ? »
Nous avions eu du mal à trouver des exemples. C'est encore plus vrai après
l'intervention de Jerrad.
PDL
nous a amenés à évoquer le calcul matriciel, notamment l'inversion
des matrices carrées. Là encore, il n'y a pas forcément besoin d'utiliser
PDL. On peut se contenter de
Math::Matrix.
Boris demande s'il existe des jeux écrits en Perl. Il y a bien sûr
Frozen Bubble.
J'évoque les
Perl Power Tools,
un portage Perl des outils de ligne de commande d'Unix. Dans le
cadre de ce projet, certains jeux ont été portés. Je cite les
jeux que je pratique de temps en temps :
hangman,
un jeu de pendu anglophone,
fish,
un jeu de cartes où les joueurs piochent régulièrement des cartes (go fish en V.O.),
et wump,
la chasse au Wumpus. Nicolas ne connaissant pas ce jeu,
je lui en explique les règles. Le joueur se trouve dans un réseau de cavernes,
constitué de vingt salles interconnectées. Chaque salle est reliée
à trois autres salles, le tout étant l'équivalent topologique d'un
dodécaèdre. Dans l'une d'elles se trouve le Wumpus, un monstre
qu'il faut tuer. Lorsque le chasseur se trouve dans une salle voisine
de la salle du Wumpus, il en est averti parce que l'odeur du Wumpus
se répand par les tunnels, mais le chasseur ne sait pas dans laquelle
des trois salles voisines se trouve le Wumpus. Également, deux salles
comportent un trou sans fond et si le chasseur tombe dedans, c'en est
fini pour lui ! Les trous sans fond se manifestent par des courants
d'air, mais encore une fois, le chasseur ne sait pas de laquelle des
trois salles voisines vient le courant d'air. Finalement, il y a des
super-chauves-souris, qui saisissent le chasseur dans leur griffes
et le déposent dans une autre salle au hasard. Ces super-chauves-souris
se signalent par le bruit des battements d'ailes. Le chasseur se déplace
donc de salle en salle à ses risques et périls. Lorsqu'il pense avoir
identifié la salle où se trouve le Wumpus, il peut alors tirer
car il est armé d'un arc et de cinq flèches à tête chercheuse.
Dans la description du jeu dans les PPT,
l'auteur explique que le source du jeu originel était en
Basic
et qu'il avait repris à l'identique la structure du programme.
Il avait même conservé le bug du programme d'origine,
à savoir qu'il n'existe pas de choix pour quitter le programme.
Le joueur est obligé de taper un Ctrl-C ou de lancer
un kill depuis un autre shell. Et pour répondre à Nicolas,
ce n'est pas un jeu graphique, même pas de
l'ASCII art.
C'est du texte pur et dur.
[ J'ai indiqué les trois jeux que je pratique de temps à autre. Mais il
en existe
d'autres
déjà transcrits dans le projet PPT. ]
Jerrad a
plusieurs modules
à son actif. Il a parlé de l'un d'eux,
Data::JavaScript.
Comme son nom l'indique, ce module est apparenté à
Data::Dumper
et à XML::Dumper.
La différence, c'est qu'il émet du code JavaScript au lieu d'émettre
du code Perl ou du XML.
Philippe et Nicolas ont échangé quelques idées à propos de leurs
articles
respectifs. À propos de l'article de Philippe et
de Sébastien sur les tests, Nicolas évoque la description
des tests de recette. Cette description occulte un point
important à propos de la recette, c'est que c'est une
étape fondamentale dans le déroulement d'un projet
et dans les relations entre le maître d'oeuvre et le
maître d'ouvrage. À propos de l'article de Nicolas
et de Jérôme sur le projet d'ordonnanceur,
Philippe rappelle que Nicolas a parlé de
« problème surmontable » et il lui
demande si ce n'est pas une coquille pour
« problème insurmontable ». Nicolas
répond que c'est un effet de style. Il a délibérément
utilisé un mot inhabituel pour attirer l'attention
du lecteur. Que ce dernier pense qu'il s'agit d'une
erreur de l'auteur ou d'un effet de style délibéré,
son attention se focalisera sur cette phrase, ce qui
est le but recherché par Nicolas.
[ À noter que le phénomène des mots qui tombent en désuétude alors que
leur contraire reste d'un emploi courant existe aussi en anglais.
Quelqu'un s'est même amusé à composer un
texte basé sur ce phénomène. ]
Avant de faire ses études en France, Jerrad était à Boston et faisait donc partie de
Boston.pm.
Ils ont déjà eu deux fois la
visite de Damian Conway à Boston,
alors que nous ne l'avons jamais vu à Paris. Peut-être est-ce à
cause de la présence
d'Uri Guttman
à Boston, avec qui il a travaillé sur
Stem.
Récemment, Rafael a été occupé par la sortie prochaine de la distribution
Mandrake
10.2 Community. Il y a déjà eu une 10.2-RC1.
Quelqu'un demande s'il va y avoir une 10.2-RC2 et une
mauvaise langue répond que oui, il y aura une 10.2-RC2 mais qu'elle
sera diffusée sous l'appellation 10.2 Community.
Rafael évoque également les outils de gestion de paquets.
C'est ainsi que nous apprenons que le « u » de
urpmi
signifie ultimate.
Il rappelle également que urpmi est écrit en Perl, mais
que le source du programme commence par un commentaire
« lorsque j'aurai le temps, je réécrirai ce programme en C,
pour m'affranchir de la dépendance vis-à-vis de Perl. »
Apparamment, l'auteur n'a pas trouvé le temps.
De plus, un tel projet n'est plus à l'ordre du jour chez Mandrake.
En effet, urpmi va céder la place à un remplaçant,
smart. Ce nouveau gestionnaire de paquets n'est pas écrit en
Perl ni en C, mais en
Python.
Il ne gère pas les dépendances par un arbre, mais par un graphe
et essaie donc de trouver le chemin optimal pour parcourir
ce graphe.
Guillaume a installé récemment un logiciel sur sa machine.
Comme il connaissait l'auteur de réputation, il s'est méfié
et il n'a pas utilisé root pour l'installation.
Il a eu raison, car le makefile contenait
l'instruction
rm -r ${VAR}/*/tmp
Le problème, c'était que la variable shell $VAR
n'était pas définie. Le make a donc essayé de
détruire tous les répertoires tmp situés
sous la racine à une profondeur jusqu'à 3.
Il a trouvé curieux le fait que le make prenait
du temps. Il a trouvé curieux également de voir apparaître
des messages avertissant qu'il n'avait pas les droits
sur /var/mySQL/tmp (« Ah bon ? Le logiciel
est interfacé avec
mySQL ?
C'est nouveau ! »).
Bien qu'il ne connaisse pas Jérôme Quelin et qu'il connaisse
BooK
vaguement seulement, Jerrad connaît très bien l'obfuscation
et les langages associés. Il évoque le site qui donne
les Hello World
dans de nombreux langages, notamment
Brainfuck et
Befunge.
Il évoque également les langages
Chef
et Ook!.
Il cite enfin un
site consacré à ce genre de langage,
mais mes recherches ultérieures m'ont indiqué
toute une série de sites.
Nicolas donne des indications sur la programmation en
Befunge.
Il précise que la première version ne connaissait que les espaces de dimension 2,
tandis que la dernière version admet la programmation dans des espaces de dimension n
quelconque. Mais il doute fort que ce soit beaucoup utilisé.
Jerrad indique qu'il a vu fonctionner un environnement de développement
pour Befunge. Cet environnement comporte deux fenêtres. L'une d'elle
est la console, avec la sortie standard et la sortie des erreurs, comme habituellement.
L'autre est une fenêtre sur le code et lors de l'exécution du programme, on peut
y suivre le déplacement du pointeur d'instruction.
Quelqu'un a fait remarquer que
FORTRAN
imposait des
contraintes
dans la disposition du source dans la ligne.
De la colonne 2 à la colonne 5, on trouve les étiquettes pour les GOTO
et les FORMAT, en colonne 6 on trouve les caractères de suite
indiquant qu'une instruction a été codée sur plusieurs lignes et
la partie intéressante de la ligne commence en colonne 7 mais ne doit pas dépasser
la colonne 72. C'est un peu la même chose avec
COBOL,
la première différence étant que les étiquettes partent de la colonne 8 et peuvent
empiéter sur la zone des instructions, laquelle commence en colonne 12,
la seconde différence étant qu'il n'y a pas besoin de caractère de continuation.
Mais au moins, entre les colonnes 7 (12 pour COBOL) et
72, on peut disposer le code comme on veut. Il y a pire.
En RPG,
les opérateurs sont obligatoirement écrits de la colonne n1 à la colonne
n2, les opérandes éventuels se trouvent obligatoirement
de la colonne n3 à n4 et de n5 à n6.
Impossible de choisir son
style d'indentation,
il n'y a pas d'indentation.
Jerrad (je crois) demande quel est le langage le plus gourmand pour une tâche
simple, telle qu'imprimer un petit bonjour sur la sortie standard.
Nicolas répond que c'est
Java,
qui commence par charger l'interface graphique, même s'il n'y en a pas
besoin.
Jerrad n'aime pas, mais alors pas du tout, la
notation polonaise inversée.
En revanche, Nicolas et moi préférons utiliser une
calculatrice RPN
plutôt qu'une calculatrice en notation algébrique directe. Avec une
calculatrice RPN, un calcul compliqué se traduit par une suite
de calculs élémentaires qui s'enchaînent.
Avec une calculatrice à notation algébrique directe, le calcul
compliqué donne une formule avec des niveaux de parenthèses multiples,
ce qui est propice à des erreurs de frappe (« J'en suis à trois niveaux
de parenthèses ou à quatre ? »).
Sniper raconte une mission récente où il intervenait, bien sûr, en tant qu'admin
pour les sauvegardes. Sur cette mission, il n'avait pas accès au robot de sauvegarde.
Lorsqu'il a demandé pourquoi lui, spécialiste sauvegarde, n'avait pas accès
au robot, on lui a répondu que c'était une mesure de sécurité. Une personne
de la boîte s'occupait de ce robot et Sniper devait passer par elle pour
toutes les actions sur ce robot. Or, cette personne n'avait quasiment aucune
connaissance sur le robot et sur les logiciels de sauvegarde utilisés.
Donc, si Sniper avait réellement voulu faire des dégâts, il aurait
très bien pu donner les instructions correspondantes à son homologue,
lequel les aurait appliquées sans se rendre compte de leur nature.
La mesure de sécurité apporte donc un gain quasi nul de sécurité pour
une perte notable d'efficacité.
[ Peut-être le but recherché était-il une formation sur le tas pour
l'autre personne ? ]
Sniper travaille maintenant à Saint-Aubin, au voisinage d'Orsay. Il prend
donc régulièrement la ligne B du RER jusqu'au Guichet. Compte tenu des
temps de déplacement, il peut ainsi
pleinement apprécier les joies des transports en commun.
Ainsi, un soir où le RER avait des problèmes de circulation, il s'est retrouvé
pas très loin d'une personne qui a appelé successivement tous les correspondants de
son agenda téléphonique pour leur raconter que le RER avait du retard.
À une autre occasion, une passagère reprenait avec son correspondant
téléphonique tous les airs qui avaient été diffusés la veille à une
émission de variétés. De temps en temps, elle avouait : « Je suis
chiante, hein ! » mais cela ne l'a pas empêché de continuer
son récital.
Anthony évoque l'annonce de la Gendarmerie à Solutions Linux et la
réaction des médias. Ses collègues et lui avaient estimé que la
migration serait suivie par quelques journalistes spécialisés, c'est une
bonne dizaine qui s'est emparée de cette migration. Ils leur semblaient
assez naturel que la presse spécialisée comme
le Monde Informatique
ou 01 Informatique
relaterait ce choix, mais n'imaginaient pas que le
quotidien le Monde
puisse se faire l'écho de ce choix.
Anthony expose son approche de la sécurité. Le but d'un système de
sécurité n'est pas tellement d'empêcher les malveillants d'accomplir
leurs méfaits, mais plutôt d'essayer de limiter leur effets et de les
détecter. Il s'appuie sur une analogie de la vitesse sur la route. Les
véhicules pourraient être dotés de limitateurs de vitesse, tôt ou tard
des automobilistes un peu bricoleurs auraient débridé leur voiture. Même
en installant des radars, ce qui revient à brandir la menace de la
sanction, il n'est pas possible d'éviter l'excès de vitesse. En
revanche, il est nécessaire de constater l'infraction. De fait,
l'infraction (le déni de service, ...) s'achève, l'auteur (le cracker)
est sanctionné et les risques pour les autres usagers (les autres
utilisateurs) sont limités.
Quelqu'un d'autre prend l'exemple d'un système de transactions bancaires.
Le système prévoit des limitations d'accès (accès par des
pages web et des programmes CGI) mais ne repose pas dessus.
La sécurité du système est assurée en fait par un archivage systématique
de toutes les transactions avec sauvegarde régulière des archives
sur une autre machine. L'imputabilité des actes, une mesure qui peut
être qualifiée d'organisationnelle ou d'humaine, connue aussi sous le
nom de l'épée de Damoclès, continue d'assurer la première sécurité.
Dans le domaine de la sécurité, comme dans d'autres domaines, d'ailleurs,
il y a parfois des faux problèmes. C'est ainsi qu'il est question de
cet ancien ministre dont la spécialité était de surmédiatiser un
incident mineur, de traiter cet incident et de faire savoir que
l'indident était résolu et que c'était lui qui l'avait résolu.
[ Tous les humains qui lisent ce compte-rendu ont compris de qui il
a été question lors de la réunion. En revanche, les googlebots et
robots de tout poil sont dans un abîme de perplexité insondable. ]
On cite également le responsable d'une hot-line dans une société d'informatique.
Lorsqu'il constatait que le flux d'appels avait tendance à baisser, il allait
dans la salle des serveurs, débranchait quelques câbles au hasard et attendait
quelques minutes. Une fois que la courbe des appels remontait, il retournait
en salle serveurs et rebranchait les câbles.
Nicolas, comme cela a déjà été signalé, n'a pas la télévision chez lui.
Cela ne l'empêche pas d'être au courant des dernières séries télévisées
à la mode, originaire d'outre-Atlantique. En effet, il les télécharge
sur Internet. Il a donc été question, je crois, de
Buffy.
Il a été question de linguistique lors de la réunion. Nous avons entre
autres parlé du livre
Eats, Shoots and Leaves
de Lynne Truss,
déjà évoqué par Robin.
Certains ont entendu dire que ce livre était plaisant à lire.
Je confirme, je l'ai lu la semaine précédente. Sur un sujet
a priori austère,
le bon usage de la ponctuation,
l'auteur a su écrire un livre intéressant avec de nombreuses
anecdotes et réflexions amusantes. Le titre du livre vient de la
blague anglo-saxonne suivante. Un panda entre dans un bar
(pour changer des Indiens).
Il commande un casse-croute et le mange. Une fois son repas
terminé, il dégaine un révolver, tire en l'air et quitte
le bar. Au serveur qui s'étonne, le panda montre un dictionnaire :
A panda eats, shoots and leaves.
Pour ceux qui n'auraient pas saisi, la même phrase sans virgule :
A panda eats shoots and leaves.
se traduit par :
Un panda mange des pousses et des feuilles.
J'ai lu le livre en version originale, mais on me signale qu'il va bientôt être
traduit en français, voire il est déjà traduit. Je m'étonne que l'on puisse
traduire un livre aussi marqué par la langue dans lequel il est écrit.
Le livre expose en effet les règles de la ponctuation anglaise. Il est
écrit par une anglophone pour des compatriotes anglophones et
se lit à deux niveaux : il y a ce que l'auteur explique et il y a
la façon dont elle le rédige, avec bien sûr la façon dont elle
ponctue ses phrases, d'où un certain nombre de passages
auto-référentiels. Une traduction de ce livre en français fait perdre
l'implication du lecteur (un francophone ne se sent pas vraiment
concerné par la façon dont les anglophones devraient ponctuer leurs phrases),
le deuxième niveau de lecture et les auto-reférences.
Une traduction contre laquelle Jerrad s'élève, c'est celle des noms
propres, notamment dans Dilbert et South Park.
C'est ainsi que Kenny, celui qui passe de vie à trépas à chaque épisode,
est devenu « Laurent » dans la version française.
À noter un calembour (volontaire ?) destiné aux amateurs de bière :
Jerrad évoque les dérives sémantiques qui se produisent parfois lorsqu'un mot
passe d'une langue à une autre. Ainsi, le mot « flirt ».
En anglais, ce mot désigne une relation pas très poussée, un peu comme
le français « conter fleurette » (qui est l'origine étymologique
du terme anglais). En revanche, en français, le même mot désigne
quelque chose de plus sérieux, ce qui correspond à l'anglais
making out ou bien one-night stand.
Je fais remarquer que cette dernière traduction est paradoxale :
elle comporte le terme stand associé à la position verticale,
alors que l'expression complète ferait plutôt penser à la position horizontale.
Pour ce qui est de l'anglais parlé et écouté, Nicolas énumère les
différents degrés de difficulté de compréhension. Ce sont les
suivants :
les étrangers (les autres Français, mais aussi les Japonais par exemple),
les Anglais,
les Écossais,
les Irlandais,
les habitants de Dublin,
les habitants de la banlieue ouvrière de Dublin.
Indépendamment des accents régionaux et sociaux, Jerrad évoque un
poème
qui joue avec les particularités de la prononciation anglaise.
Nous parlons de la différence entre l'anglais et l'américain, notamment de la
façon dont les étages sont numérotés de part et d'autre de l'Atlantique.
Ce qui, pour nous et les Anglais, est un immeuble de trois étages, sera
pour les Américains un immeuble de quatre étages. Pour nous, le rez-de-chaussée
n'est pas un étage, c'en est un pour eux. Ou alors, on peut considérer que
pour nous, le rez-de-chaussée se voit attribuer le numéro zéro, ce qui m'amène
à établir un parallèle avec la programmation : nous numérotons les étages
comme les tableaux en Perl et en C, les Américains numérotent les étages comme
les tableaux en Cobol et en Fortran.
Jerrad a passé un certain temps en Belgique. C'est pour cela qu'il lui arrive
de dire « septante » pour « soixante-dix » et
« nonante » pour « quatre-vingt-dix ».
De plus, même si « octante » est tombé en désuétude en Belgique,
Jerrad s'amuse à utiliser ce terme. Il enchaîne sur la langue anglaise,
en nous signalant qu'il y a cent ans, les Américains utilisaient
eux aussi l'équivalent de « quatre-vingts ».
J'ai à peine eu le temps d'ajouter que cela se traduisait par
four-score que Jerrad a enchaîné sur la première
phrase de la
Gettysburg Address :
Jerrad aime la science-fiction, notamment la hard-science.
Il évoque David G. Hartwell, qui publie un recueil périodique
consacré à la hard S-F.
Il connaît, bien évidemment,
Larry Niven,
l'auteur de la série sur l'Anneau-Monde
et sur l'Espace Connu (Known Space en V.O.).
Parmi les autres écrits de Niven, il connaît également l'étude scientifique
Man of Steel, Woman of Kleenex.
[ Depuis le temps que je voulais caser ce lien
ouundeslienséquivalents
! J'ai enfin l'occasion que j'attendais ! ]
Un autre genre de S.F. qu'il aime, c'est l'absurde. Avec, évidemment,
Douglas Adams.
Curieusement, le livre de Douglas Adams qu'il préfère
n'est pas de la science-fiction, c'est le récit de ses voyages
avec Mark Carwardine,
Last Chance To See.
Nous citons également
l'autre série de romans,
Dirk Gently's Holistic Detective Agency
et The Long Dark Teatime of the Soul,
avec les traductions françaises au titre ridicule :
Un Cheval dans la salle de bains
et Beau comme un aéroport.
Finalement, nous évoquons le livre posthume de Douglas Adams.
Il s'appelle
The Salmon of Doubt
car il contient le roman du même nom sur lequel Douglas Adams
était en train de travailler lorsqu'il est mort. Le livre
contient également de nombreux textes qui traînaient sur le
disque dur de Douglas Adams, dont un par exemple où l'auteur
explique pourquoi il est athée. Jerrad trouve que le titre
de la traduction française, Fonds de tiroir,
est lui aussi absurde, mais Nicolas trouve cette traduction
parfaitement appropriée à la façon dont le livre a été
constitué. Simplement, elle n'a rien à voir avec le titre
du roman inachevé.
Cela dit, Jerrad ne connaît pas Robert Rankin.
Je n'ai pas développé lors de la réunion, mais voici ce
que l'on peut dire sur Robert Rankin.
Dans l'un de ses livres, les éléments biographiques le présentaient
comme l'unique représentant du genre Weird Fantasy.
Sinon, Rankin se spécialise dans les gags à répétition, les vannes
de mauvais goût et le second degré.
Nicolas a demandé à Jerrad s'il aimait le cyberpunk et
le steam punk. Ce dernier genre
est de la science-fiction se basant sur une civilisation
genre XIXe siècle, qui aurait ensuite évolué
dans une direction autre que la nôtre, avec une utilisation limitée
du courant électrique. Certains livres de Moorcock
appartiennent à ce genre, comme
le Léviathan des terres.
[ Et pour revenir à Rankin, il a écrit du Steam Punk :
The Witches of Chiswick
et du cyberpunk :
The Fandom of the Operator. ]
Un genre que Jerrad n'aime pas du tout, en revanche, c'est la fantasy.
Par exemple, la seule pièce de littérature sur le disque-mode
qu'il a lue est la nouvelle
Theatre of Cruelty,
publiée dans le recueil Wizards of Odd.
Nicolas tente de plaider la cause du disque-monde. Il a mis plusieurs
années avant de s'y mettre, entamant régulièrement un roman et l'abandonnant
quelques jours plus tard. Mais récemment, il est allé jusqu'au bout et
il a constaté que le genre lui plaisait.
Jerrad a quand même lu un livre de Pratchett qu'il a bien aimé,
Good Omens
(De Bons Présages),
coécrit avec
Neil Gaiman
et dont nous avons déjà parlé à maintes occasions.
Nicolas ajoute que le roman pourrait être adapté pour un scénario
de jeu de rôle. Surtout qu'il existe un jeu de rôle où les
joueurs incarnent des anges : Magna Veritas
(et il existe le pendant pour incarner des démons :
In Nomine Satanis).
Nous avons très brièvement parlé cinéma, pour évoquer deux projets
de films : le film basé sur Good Omens
et celui basé sur
Ringworld.
Mais ce dernier est en projet depuis tellement longtemps...